To share, or not to share ?

07 juin 2017

Ce jour où tu te rends compte que tu n'as rien à dire… Mais qu'il faut communiquer quand même, nourrir les réseaux sociaux (ces bestioles voraces, insatiables, mais sans lesquelles tu n'es rien) et partager malgré tout…

Une fois n'est pas coutume, ça valait bien un petit billet d'humeur.

Nous sommes photographes de mariage depuis 7 ans. Pendant 7 ans, tout a marché comme sur des roulettes. Et puis cette année, une saison un peu moins remplie, rien de dramatique, on est loin de la faillite, mais… La prise de conscience.

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Nous avons bénéficié à nos débuts de ce moment un peu magique où nous étions peu de photographes à proposer une vision alternative de la photographie de mariage.

Les blogs commençaient à peine à naitre, les mariés découvraient avec émerveillement que la pose "parterre de bégonias" n'était pas obligatoire. Instagram, et les réseaux sociaux en général n'avaient pas l'importance qu'ils prennent aujourd'hui.

Notre métier a bien évolué.

Aujourd'hui, il faut être là, tout le temps, montrer que l'on existe, tout le temps. Et puisqu'il faut bien avouer que le métier de photographe de mariage n'est pas toujours follement excitant à montrer, il faut faire entrer l'intime sur les réseaux sociaux, pour créer du contenu, donner envie, faire rêver... Montrer ce que je mange, comment je m'habille, ce que je consomme, etc…

Il y a certaines personnes qui sont très à l'aise avec tout ça, qui arrivent habilement à mêler leur vie privée à leur activité professionnelle. Loin de nous l'idée d'émettre un jugement négatif, bien sûr ! Mais force est de constater que nous ne sommes pas faites pour ça.

Peut-être parce qu'il nous arrive un peu trop souvent de porter notre vieux jeans informe préféré, parce que notre repas de midi ne ressemble pas toujours aux photos des livres de cuisine, que nos intérieurs n'ont pas l'air tout droit sortis d'un magazines de deco (mais si tu sais, la plante pas parfaite parce qu'elle cherche le soleil et pousse bizarrement, le chat pas parfait parce qu'il mange un peu trop, la pile de livres qui traîne parce que tu n'as pas fini de les lire, le bureau en désordre parce que tu n'as pas le temps, le bouquet de fleurs fanées que tu n'as pas encore jeté à la poubelle, et ce trou dans ton mur qu'il faut que tu rebouches depuis un an !)

Et puis au delà du problème de la vitrine pas parfaite, il nous semble important de garder notre intimité pour nous même, parce que nous ne sommes pas à l'aise avec l'idée de tout partager, de nous exposer, de nous montrer. Par pudeur, parce que nous sommes comme ça, assez secrètes, mais aussi, surtout, pour se garder d'avoir le nez collé à notre Smartphone, et nous éviter de vivre pour montrer notre vie. Nous sommes certaines que nous ne sommes pas les seules à ressentir ce décalage.

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Nous en sommes là. Nous cherchons un moyen d'exister dans le monde du mariage, de faire les choses avec notre coeur, sans pour autant changer ce que nous sommes.

Et puis, on se demande aussi comment tout ça va évoluer, un peu inquiètes de la course à l'exposition qu'engendrent les algorithmes des réseaux sociaux, qui décident pour toi quelle publication tu verras, et laquelle tu ne verras pas.

On se demande si on a toujours le droit à la déconnexion, le droit de ne pas crier sur tous les toits qui on est, le droit de ne rien dire ou de ne rien faire… On a l'impression qu'on aura toujours un train de retard, parce qu'on sent que pour rester nous même, il faut que l'on se garde de mettre en scène notre vie privée, et qu'on la laisse juste être ce qu'elle est. Parce que la plante nous plaît quand même telle qu'elle est, parce qu'on aime bien les chats trop gros tant qu'ils ronronnent au creux de l'oreille; parce que la lecture, c'est une passion un peu envahissante, que le bouquet de fleurs fanées, il nous rappelle celui qui nous l'offre, et qu'on préfère aller boire des bières en terrasse avec les copains plutôt que reboucher le trou dans le mur.

Alors, on va continuer à publier sur les réseaux sociaux, parler de nous, un peu, parfois, comme aujourd'hui, parler de notre travail surtout. Parler d'images parce que c'est ce qui nous habite. On dira juste ce qu'il faudra. Et il ne faudra pas oublier que si certains sont un peu plus silencieux, ça ne veut pas dire qu'ils ne reçoivent pas des mots adorables de leurs mariés trop heureux, qu'ils ne font pas leur travail consciencieusement et avec leur coeur, que leur vie n'est pas pleine de trésors, de livres passionnants, de gros chats qui ronronnent et de milliers d'autres plaisirs...